La Marie-Antoinette de Breguet


Cette merveille d'horlogerie a une histoire bien particulière. Elle est réputée pour être l'une des montres les plus complexes au monde. La "Mona-Lisa" des montres (surnom donné à celle-ci pour justifier sa valeur unique), a 823 composants et son boitier est en or 18 carats. Elle comporte tous les signes de distinction du célèbre horloger : les répétitions des minutes, le quantième perpétuel, la petite seconde trotteuse... entres autres...

Ce bijou a été commandé pour la reine Marie-Antoinette elle même, par un fervent admirateur. On dit, certainement par un officier des gardes de la reine, peut-être même, un de ses favoris : Axel de Fersen, un Suédois. En 1783, Abraham Louis Breguet commence alors son travail d'orfèvre.

Avec la Révolution et le départ de l'horloger pour la Suisse, la confection de la montre est mise à mal. Elle ne va être achevée que quarante-quatre ans plus tard par le fils d'Abraham Louis Breguet, Antoine Louis. La reine, guillotinée en 1793; ni elle, ni son admirateur, pas même son créateur, mort quatre ans auparavant, n'ont eu la chance de pouvoir admirer cette montre si parfaite.

Elle passe dès lors de mains en mains et se retrouve au début du XX ème siècle en Angleterre, à Londres, dans une bijouterie où Sir David Lionel Salomons, un passionné d'horlogerie, plus précisément de Breguet, en fait la fière acquisition. Il en fait un précieux héritage qui revient, à sa mort, à Vera sa fille. Elle décide quelques temps plus tard de la léguer au musée d'art Islamique de Jérusalem, qu'elle a elle même fondé. Malheureusement, un 16 avril 1983, la montre est dérobée. Il va falloir attendre jusqu'en 2007 pour retrouver sa trace. Un vol apparemment perpétué par une personne déséquilibrée avec aucun motif financier.

En 2004, Nicolas Hayek, président du groupe Swatch à ce moment, lance le défi aux horlogers de la maison Breguet, de reproduire la Marie-Antoinette. Le défi à relever est loin d'être simple et s'avère être particulièrement intéressant : reproduire une merveille considérée comme l'une des cinq montres les plus compliquées au monde, avec un grand nombre de pièces et de fins mécanismes, sur la seule base de documents, d'archives et de dessins du XVIII ème siècle, appartenant au musée Breguet et autres lieux culturels. Voilà les seuls apports d'information sur cette montre, disponibles pour chaque fonction ou élément à reproduire. Un mal pour un bien dirons-nous, car cela a été l'occasion de mettre à jour des savoir-faire jusque là en partie disparus. 

En 2008, après quatre belles années de grand travail de reconstruction, la Marie-Antoinette bis, prend place dans son somptueux écrin, spécialement conçu dans le bois de chêne de Versailles, sous lequel, la reine à son époque, aimait s'installer pour se reposer. Ce dernier, n'ayant pas survécu à une tempête, a été offert à Nicolas Hayek pour un de ses anniversaires. 

Cette magnifique réplique de la Marie-Antoinette, porte le nom de "Grande complication" et le numéro 1160. Elle est présentée au château de Versailles, en septembre 2008, à l'occasion de l’inauguration du Petit Trianon après sa rénovation.

Une fierté pour la maison Breguet et ses horlogers de talent qui auront fait un travail fabuleux, afin de redonner vie à l'une des plus belles montres de tous les temps.